Bronisław Knaster (Warszawa), Sur un continu que tout sous-continu divise

1. Introduction. On dit qu’un ensemble B divise un ensemble connexe A, quand l’ensemble A B n’est pas connexe (Un ensemble E est dit connexe (au sens de Lennes–Hausdorff), lorsque les formules E = M + N, MON entraînent M̄N + MN̄0, le symbole X̄ désignant d’une façon générale la somme de l’ensemble X et de celui de ses points-limites.).

Les problèmes concernant la division des continus par leurs sous-continus ne sont résolus jusqu’à présent qu’en partie. On sait qu’il existe des continus qu’aucuu sous-continu ne divise: tels sont, par exemple, les courbes simples fermées et les continus indécomposables. On peut montrer également que

tout continu de Jordan renferme un sous-continu qui ne le divise pas. (1)

Soient, en effet, B un sous-continu divisant un continu jordanien A et C une composante (= „Komponente” au sens de Hausdorff, c’est-à-dire, tout sous-ensemble connexe qui ne peut être augmenté sans cesser d’être sous-ensemble connexe.) arbitraire de A B. Par conséquent, A C ne divise pas A. Or, A C est un continu, car C étant un ensemble ouvert dans A (C. Kuratowski, Une définition topologique de la ligne de Jordan, Fund. Math. I, p. 43, th. (6).), l’ensemble A C est fermé; d’autre part il est connexe en vertu d’un théorème général (B. Knaster et C. Kuratowski, Sur les ensembles connexes, Fund. Math. II, p. 214, th. X.).

Le problème s’impose donc s’il en est de-même de tous les continus, quels qu’ils soient (Ce problème fut posé par M. Zarankiewicz et moi en 1926, Fund. Math. VIII, p. 376, probl. 42.). Je vais donner ici la solution négative de ce problème, en définissant (dans l’espace euclidien à 3 dimensions) un continu borné A et démontrant la propriété (P) suivante de ce continu:

B étant un vrai sous continu arbitraire de A qui ne se réduit pas à un point, l’ensemble A B n’est pas connexe. (P)

Bien entendu, un tel continu A est en raison de (1) nonjordanien.

2. Figures auxiliaires. Soient: D un segment rectiligne à extrémités a(D) et b(D), c(d) son point médian, T(D) un triangle isocèle à sommet c(D) situé dans un plan perpendiculaire à D, H(D) la hauteur de T(D), E(D) la somme de deux pyramides ayant T(D) pour base commune et pour sommets respectivement les extrémités de D. Soit enfin E(D) le polyèdre symétrique à E(D) selon D comme axe de symétrie.

J’appelle étui de D l’ensemble

F(D) = E(D) + E(D).

Cet ensemble est la première approximation du continu A à construire. Quel que soit D, convenons une fois pour toutes de prendre δH(D) δ(D) 2 , de façon à avoir

δF(D) = δ(D). (2)

Soient R0(D) le rhombe formant l’intersection de F(D) avec le plan P(D) qui passe par D + H(D) et Rm(D)m = 1,2, le rhombe contenu dans R0(D), concentrique avec lui et ayant les cotés parallèles aux siens, mais 2m fois plus courts. Considérons l’infinité dénombrable de segments définis comme parties communes des Rm(D) avec les rayons infinis (demi-droites) situés sur P(D), issus de c(D) et faisant avec le rayon c(D),b(D) les angles:

π ( 1 2i1 + 1 2i1+i2 + + 1 2i1+i2++ij + + 1 2i1+i2++ij++im)

ij = 0,1,2,ad inf. et j = 1,2,,m.

Rangeons tous ces segments en suite infinie

D11,L 21,,D k1,k = 1,2, (3)

D11 et D21 en désignent respectivement les plus grands, à savoir les deux moitiés de D à extrémités libres a(D) et b(D) et posons:

G(D) = k=1D k1. (4)

J’appelle étoile de centre c(D) le continu G(D) ainsi défini.

PIC

Si l’on ordonne tous les segments Dk1 selon leurs angles décroissants avec D, ils forment un type d’ordre dense; cependant, ceux d’entre eux qui sont déterminés par un Rm(D) donné constituent une suite transfinie du type ωm+1. Comme le point c(D) divise G(D), on en déduit facilement que

G(D) c(D) est formé d’une infinité dènombrable de composantes Dk1 c(D), dont chacune est, dans sa moitié contigue à c(D), composée de points-limites des autres (D21 l’est d’ailleurs entièrement). (5)

En désignant respectivement par a(Dk1) = c(D), b(Dk1) et c(Dk1) les extrémités et le point médian de Dk1, on a donc d’après (5):

c(Dk1) G(D) D k1¯. (6)

L’autre propriété essentielle de l’étoile est sa situation dans F(D) qui permet, comme on peut le vérifier géométriquement, d’entourer chacun de ses segments Dk1 d’un étui F(Dk1), analogue à F(D), de manière que les conditions suivantes soient remplies:

F(Dk1) F(D) (7) F(Dk1) . hkF(Dh1) = D k1. hkDh1 = c(D) (8) limjF(Dkj1) = lim jDk1,pour toute suite de segments (3). (9)

Il suffit à ce but de former d’abord les étuis F(D11) et F(D21), conformes à (2) où E(Dt1) E(D), E(Dt1) E(D) et E(Dt1).P(D) = Dt1 (t = 1,2), pour pouvoir ensuite entourer d’accord avec (7) tous les autres segments Dk1 des étuis à δH(Dt1) décroissant assez rapidement pour que les conditions (8) et (9) soient aussi réalisées. Contrairement aux deux premiers étuis, les autres se trouveront nécessairement situés en entier soit dans E(D), soit dans E(D).

G(D) étant un continu, l’ensemble k=1F(Dk1) l’est également en vertu de (9). Il formera la seconde approximation du continu A.

3. Définition de l’exemple A. Etant donnés d’une façon générale une figure quelconque I formée de segments rectilignes ayant deux à deux tout au plus une extrémité commune, F(I) la somme de leurs étuis assujettis aux conditions (7)–(9) et G(I) la somme des étoiles construites dans F(I) sur les segments de I, soient:

G0 = D,,Fn = F(Gn),Gn = G(Gn1), (10)

Il résulte par induction des définitions des fonctions F et G que de tels Fn et Gn existent pour tout n = 0,1,2,, que la suite {Fn} est décroissante, la suite {Gn} croissante et que l’on a Gn Fn. Posons:

A = n=0F n, (11)

où, ce qui revient au même en vertu de (2), (7) et (9),

A = n=0Gn¯. (12)

4. Propriétés de l’exemple A. Ainsi défini, A est donc un continu. Considérons un segment arbitraire Dkn de Gnn 1 et désignons

1*
par Dkn1 celui des segments de Gn1 dont l’étoile G(Dkn1) contient Dkn.
2*
par Dl1n+1,Dl2n+1,,Dsn+1, la suite de segments de Gn+1, dont se compose l’étoile G(Dkn).

En vertu de (8),

c(Dkn) divise A entre tous deux points dont l’un est situé dans F(Dlsn+1) et l’autre en dehors de cet étui. (13)

(c’est-à-dire que ces points appartiennent à deux composantes différentes de A c(Dkn).)

Je vais en déduire que

pour tout vrai sous-continu B de A ne se réduisant pas à un point il existe un n et un k tels que c(Dkn) B. (14)

Soit, en effet, C l’ensemble des centres des étoiles de A. Il s’agit de montrer que BC0.

C étant dénombrable, considérons deux points p et q de B C. Le diamètre maximal des segments de Gn et par conséquent celui de leurs étuis tendant d’après (2) à 0 avec n croissant, il existe un n tel que

ρ(p,q) > maxδF(Dlsn+1). (15)

Comme par définition de Fn on a pour tout n: A = k=1A.F(Dkn) (A est même homéomorphe, sinon semblable, à tout sommande de cette somme) et A.F(Dkn) s=1A.F(Dlsn+1), il existe un k et un l, tels que p A. F(Dlsn+1), d’où en vertu de (15): q A F(Dlsn+1). Les deux dernières inclusions impliquent selon (13) que c(Dkn), qui est distinct de p et q, divise A entre ces points; il appartient donc nécessairement au continu B qui les unit.

La propriété (14) étant ainsi démontrée, on en conclut immédiatement que l’ensemble

C = n=0 k=1c(D kn) (16)

est dense dans A. En formule:

C¯ = A. (17)

Ceci établi, je passe à la démonstration de la propriété (P) de l’exemple A. Supposons donc à présent qu’un sous-continu B ne divise pas A. Il s’agit de prouver que l’on aura alors B = A, ce qui se réduit en vertu de (17) à montrer que

C B. (18)

Or

si c(Dkn) B, on a  s=1c(D lsn+1) B. (19)

En effet, le point c(Dkn) et, à plus forte raison, son sur-ensemble B divise A d’après (13) entre tous deux points de G(Dkn) B situés sur des segments différents de l’étoile G(Dkn). Il existe donc tout au plus un seul l, tel que Dlsn+1 B0. On a par conséquent G(Dkn) Dlsn+1, d’où G(Dkn) Dlsn+1¯ B. Il en résulte d’une part que c(Dlsn+1) B pour tout ts et d’autre part, en vertu de la propriété (6) de la fonction G, que c(Dlsn+1) B.. La démonstration de (19) s’achève par l’addition des deux dernières inclusions.

En appliquant (19) par induction aux points c(Dlsn+1) et ainsi de suite, on en déduit que C.G(Dkn) B. Comme C est d’après (14) dense dans tout sous-continu de A, donc en particulier dans G(Dkn), on a G(Dkn) B, et comme c(Dkn1) = a(Dkn) Dkn G(Dkn) on conclut que

si c(Dkn) B, on a c(D kn1) B. (20)

En appliquant (20) de proche en proche, on arrive à l’inclusion c(D0) = c(D) B, d’où on conclut, en appliquant (19) par induction suivant la formule (16), que C B, c. q. f. d.

Il est à remarquer que la question si un continu A à propriété (P) existe sur le plan reste ouverte.